Pourquoi ? mais pourquoi un blog ?

Carrefour est pour, Auchan méchant, Leclerc persévère... Tantôt jolies, tantôt aigries, les caissières de votre hypermarché favori vous inspirent de la pitié, du mépris, de l'indifférence? Vous vous demandez si les "bip!" de la journée résonnent dans leur tête la nuit? Vous vous en foutez? Vous voulez en savoir plus? Sont-elles payées à ne rien faire? Que font-elles lorsqu'elles ne font rien? et Pourquoi une des roues du charriot dit "f*ck!" aux trois autres?
Que vous a-t-on caché sur ce que vous savez déjà? Sur vos habitudes? Etes-vous un vrai client?
Vous pensez tout connaitre sur l'univers extraordinaire du scanner aux multiples rayons lasers? Vous faites très bien la différence entre une batavia et une scarole? Alors faites chauffer la carte bleue, feuilletez votre chéquier pour vous assurez qu'il vous en reste quelques-uns, détachez votre caddie de celui qui le précède, et préparez vous à déchanter comme jamais vous n'avez chanté! Avec vos yeux, vos oreilles et le bout de vos doigts ! Passez donc du côté obscure de la caisse, où rêve et réalité vivent en harmonie comme le salade-tomate-oignon d'un sandwich kebab...
Parce qu'Internet le vaut bien et que le monde part en vrille, un ex-caissier aux chromosomes XY vous fait découvrir ses chroniques complètement à l'ouest!
Suivez le guide!

Votre quart d'heure de gloire

pssshhhhhttt...... Il est 21h45... votre magasin ferme ses portes dans 15 minutes... nous prions notre aimable clientèle de bien vouloir se diriger vers les caisses... merci... pssshhhhhttt......

Voila pour la version officielle. Maintenant, voici ce que vous devez comprendre
:

pshhhfuuuuckkk...... Il est très précisément l'heure à laquelle vous devriez être en train de récurer les oreilles de vos enfants avant de les envoyer se coucher... au lieu de cela, vous arpentez les allées du magasin à la recherche d'une improbable marchandise, trainant les pieds comme si vous visitiez le musée du Louvre, vous vous arrêtez 10 minutes sur chaque pot de yaourt afin de vous assurez qu'ils sont sans conservateur, et, lorsqu'enfin vous en tenez un, vous pénétrez au plus profond de l'armoire frigorifique pour tirer celui dont la date est la plus éloignée, abandonnant les autres pots de yaourt à une poubelle certaine... les rats se feront un plaisir... Chers clients, Vous possédez un esprit on ne peut plus logique et savez donc que plus votre charriot est rempli et plus il lui faudra du temps pour se déverser d'un bout à l'autre de la caisse, et pourtant, à 10 minutes de baisser le rideau, ignorant le charlot en rollers qui tente désespérément de vous ramener à la raison, à la maison,(il a raison!!!) vous continuez inlassablement à faire grincer l'armature métallique de votre caddie en lui faisant avaler tout et surtout n'importe quoi, il aime ça... A votre passage en caisse, votre "Everest" de marchandise sera tellement imposant que toutes les caissières fuiront votre regard comme la peste de peur d'être choisie, et celle que vous élirez souhaitera ne s'etre jamais réveillée ce jour là, sachant qu'à cause de vous, ce soir là, elle fera des heures sup, tout en gagnant à peu près exactement là même chose qu'en finissant dans les temps...
En certaines circonstances nous haïssons notre aimable clientèle, en d'autres, nous lui souhaiterions une longue agonie, rêvant de la voir s'étouffer sous les tonnes de marchandise qu'elle consomme........ et pourtant nous l'aimons....
C'est pourquoi, malgré tout, Nous remercions notre aimable clientèle d'avoir fait en sorte qu'une fois de plus, nos enfants puissent se coucher ce soir avec des bougies dans les oreilles.... fuuuuuckkkkshhhhtttt......


pshhht.....Vous consommez, Nous encaissons.......pshht.......

CliEnt SuIvaNt !

Scanner meurtrier

354 euros et 25 centimes. Ça, c'est la fin de l'histoire...
Parlons maintenant du début...
Fin d'après midi. Après une dure journée à squatter les bancs de la fac, telle une élite spartiate sur le point de se faire anéantir par un Xerxès à la tête d'une armée d'un million de clients prêts à en découdre, les étudiants caissiers prennent leur service. Avé César! Ceux qui vont nourrir te saluent!

L'étudiant à mi-temps arrive au travail avec ses 5 minutes syndicales de retard quotidien, c'est la règle. Mais il a une excuse en béton armé, enfiler sa tenue de travail, ça prend du temps! Alors tandis que les uns maîtrisent parfaitement l'art du débraillé (l'uniforme fourni par l'enseigne est bien là mais on sent bien que chaque étudiant y a apporté son petit quelque chose de "rébellion"), d'autres ont jugé bon d'arborer sur leurs chevilles les couleurs de la marque à la virgule, histoire de faire une fois de plus s'époumoner du chef de caisse, s'égosiller de la caissière principale, s'ouvrir les veines du directeur de magasin, ou encore kiffer à mort tous les copains... en vain... Une fois encore, au mépris de toutes les conventions internationales sur les armes bactériologiques, le jeune est rebelle, et les téléphones portables ne vont pas passer par la case "vestiaires"...
Quant à moi, les 8 heures d'informatique traumatisante de la journée sont déjà loin, mon esprit déglingué est également sur le point de kiffer une soirée 4 étoiles à scanner du petit pot pour bébé, à refouler des centaines de bons de réduction périmés, à chercher quelques milliers de codes barres bien dissimulés... pitié...
Avec sa chemise tirée à 256 épingles et sa coupe de cheveux parfaitement ajustée, le chef de caisse, dans son inspection minutieuse du personnel étudiant, jette un oeil rapide à ma barbe de quelques jours, puis, par un ton dénotant l'amitié, genre "non, non, je ne suis pas complètement un enfoiré", l'homme me glisse ces quelques mots: "Tu vois petit, toi au moins tu te rases avant de venir", 2 minutes auparavant, un certain Romain venait de se faire mettre à la mende pour quelques poils récalcitrants et disgracieux qui s'insultaient les uns les autres. Mais ce que le chef ignorait, c'est que si mes poils de barbe m'avaient fait l'honneur de pousser en temps, en heure et en quantité, je serais certainement, comme Romain, du nombre des "mis à la mende"... Ça a du bon la puberté à 22 ans...

Printemps déjà bien entamé, il est 19h00 et pourtant le soleil est encore bien là. Malgré l'heure tardive, la température avoisine les 24°. 10ème sac de charbon vendu en une quinzaine de clients, mes mains ressemblent à celles d'un mineur de fond, le grisou en moins, le client en plus. Pour accompagner le combustible, viandes en tout genre et bière comme s'il en pleuvait... tout cela a un prix, c'est la crise, mais qu'importe... Les tenues sont légères, sandales et tongs ont commencé leur long calvaire estival à supporter les effluves de leur porteur, tandis que s'avance vers ma caisse et moi-même une femme d'une quarantaine d'année, vêtue d'une espèce de toge en lin du Pérou, coiffée d'une espèce de salade en batavia d'Espagne... La dame me dit "Bonjour", je lui répond "Bonsoir", elle me répond "Bonsoir...", je ne lui répond rien, elle ne me répond rien non plus... Elle me tend un couvercle en plastique, j'ai du mal à comprendre. A-t-elle consommé à l'intérieur du magasin les 850g de bananes BIO, provenance Côte d'ivoire, dont elle me tend l'emballage, comme on consomme un début de baguette pour calmer une faim subite ou qu'on entame un paquet de gâteaux pour calmer des gosses bien relous??? Pas le temps pour moi de lui demander ce qu'elle avait fait de ses bananes que tombe alors LA réplique qui allait faire que 4 ans plus tard je me souviendrais encore des méandres tortueusement mal coiffées de sa tignasse brune: "Je vous passe seulement les couvercles, pour ne pas qu'ils soient irradiés par les rayons du scanner". Mais c'est qui "Ils" au juste?? Des rescapés de tchernobyl?? Les protagonistes du nouveau Spielberg??? Une banane en provenance de côte d'ivoire??? Ok, Ok... j'ai capté le délire... Encore un de ces moments où on est sur le point d'ouvrir sa bouche, pour finalement la garder bien fermée... à quoi bon?
8 couvercles plus tard et une soixantaine de produits issus de l'agriculture biologique au compteur, notre amie ultra-BIO-psychopathe laserophobe s'apprête à débourser 354 euros et 25 centimes... Sans doute le prix de la sécurité alimentaire... ou encore les honoraires d'un bon psychiatre...


Vous aimez les légumes, Nous scannons leurs emballages. A mort les radiations!!!
Vous consommez, Nous encaissons.

CliEnt SuIvaNt !

Repassez, Madame, s'il vous plait !

Vous êtes vous déjà fait fouiller ou palper par un agent de sécurité pendant votre visite hebdomadaire à votre caissière favorite? Jamais? Ça vous rend triste? Zaho trouve ça "chelou", tandis que vous, vous trouvez ça "relou"? Vous aimeriez, au moins une fois dans votre vie, sentir sur vos flancs la délicate caresse du geste précis du vigile habile, cherchant sur vous une éventuelle marchandise que vous auriez subtilisée aux rayons du magasin sans la payer? Eh bien rêvez toujours, ça n'arrivera pas !

Respiration lente, regard dans le vide, il se tient là, à quelques mètres des caisses, à quelques mètres de vous, debout, bras croisés, rêves brisés, impassible, bercé dans l'accoutumance par la nuisance des sonorités musicales d'une galerie marchande qui voit passer, chaque jour, un millier de ses aller-retours. Qui sait à quoi pense l'agent de sécurité lorsque, traversant le vide, son regard se perd, ça et là, atteignant des cibles improbables? Tantôt par les formes généreuses d'une cliente ses pupilles sont dilatées, tantôt par l'ignoble larcin de l'ado débile son rectum est irrité... Les talons de ses chaussures noires ont maintes et maintes fois frappé le carrelage tandis que la peur au ventre il allait vérifier l'authenticité d'un gros billet, les multiples cartes d'identité d'un gros payeur, ou les frasques maladroites du gros voleur... En vain... Car comme son nom l'indique, le Far-West c'est loin !!! Nulle aventure extraordinaire ne l'attend, alors de temps en temps, il s'en invente...

Au détour d'un instant fugace, son attention est attirée par la douce et stridente alternance des alarmes de portiques de sécurité. Tandis que la cliente affolée soutient "qu'elle n'a absolument rien volé" à une caissière qui aurait très bien pu se passer de cette réplique du "Top 10", le vigile se précipite alors, avec lenteur et professionnalisme, vers le lieu du crime, prêt à accomplir une tâche qu'il connait bien. A l'instar de nos amis des DOM-TOM, l'agent de sécurité pratique la nonchalance avec une classe et une dérision comportementale qui lui est propre, il n'en reste pas moins qu'il connait très bien chuck norris, et que par conséquent c'est avec la grâce du jaguar qui a la dalle, avançant en direction de sa proie un jour de grève des bouchers, que l'agent imite la démarche du "Texas Ranger", s'approchant lentement de la caisse, pour ne pas créer de mouvement de panique parmi les clients les plus fragiles psychologiquement. C'est la règle. Point de panique inutile.
Bien avant sa couleur de peau, c'est son accent "coupé-décalé", "Jeu de jambe Papi!" qui trahira la chaleur de ses origines, lorsque comme à son habitude il demandera au client ayant déclenché l'alarme de "repasser entre les portes". Le client s'exécutera. Toujours trop vite. 2008 et pourtant, les portiques de sécurité partent encore en vrille pour un lacet mal fait et le client ne comprend toujours pas la règle élémentaire: Avant de repasser, il doit attendre la fin de la musique et des gyrophares. RAS. Pas d'alarme au deuxième passage, le client est "clean". Notre agent aimerait porter le doigt à son oreillette comme Jean-Luc Delarue pour signaler à ses collègues que la situation est sous contrôle, ça lui donnerait un peu l'impression d'être dans un épisode de 24 heures chrono, mais non seulement c'est inutile, mais en plus il n'a pas ce genre d'oreillette... Comme le rêve a ses raisons que l'utilité ignore, pour se faire un kiffe, il va quand même, de temps en temps, mimer le geste et prononcer dans l'air quelques paroles façon GIGN, histoire d'en mettre plein la vue à une étudiante qui passerait par là...

99% des interventions des agents de sécurité se font en mode "Bluetooth", genre zéro contact physique avec le client. Mais alors, me direz-vous, pourquoi avoir attaché tout en haut cette image d'un agent de sécurité palpant un pauvre monsieur à qui le port du bouc va si bien?? Probablement pour le délire, ou parce que c'est tout ce que j'ai trouvé (arf...). D'ailleurs, ce que l'image ne dit pas, c'est qu'ensuite, au détour d'une chambre noire, l'agent va procéder à une fouille anale des plus humiliante, façon Jules Verne, afin de détecter la présence éventuelle de coupe-ongles, parpaings, couteaux, et autres matériaux explosifs ou de construction que le passager aurait pu ingérer par le bas à la manière d'un suppositoire.

Ouais c'est devenu la merde de prendre l'avion...

à suivre...

Vous consommez, Nous encaissons.

CLiEnt SUivAnT !

Ps: Oui, j'en suis conscient, j'étale en l'espace de quelques lignes la plus grosse collection de clichés à l'ouest du Mississipi, mais voyez plutôt cela comme un cas particulier qui s'est présenté aux yeux émerveillé d'un étudiant à la vie glauque et morose...
Big up à nos compatriotes des DOM-TOM et d'ailleurs, et gros respect à nos amis agents de sécurité, et ce, quelque soit le trottoir ayant hébergé leurs premiers pas, la destination imprimée sur leur billet d'avion estival, ou encore la nature de leur relation avec la langue française...

Voyage, Voyage... (2)

Toujours la même galère. On est pour, on est contre, au final, dans cet océan urbain hostile et dé-fiscalisé, il faut bien trouver à nos amis du voyage un endroit où accoster. Pas simple pour eux de dénicher "le" terrain vague où ne règne pas déjà la malaria, la grippe aviaire ou le virus ébola, et qui accueillera sans encombre la dizaine de caravanes du convoi. Et lorsqu'après des semaines de vadrouille à cambrioler côtoyer les aires d'autoroute, ils s'installent enfin, on use souvent de tous les stratagèmes possibles et imaginables pour les expulser, les mettre dehors, les éjecter, les renvoyer...
Mais de quoi a-t-on peur au juste??? Eh bien comme d'habitude, les clichés ont la vie très très dure!!! Un camp de gens du voyage à proximité d'un quartier, et c'est la chute libre des prix de l'immobilier, accompagnée d'une foudroyante déstabilisation de l'économie locale: Banqueroute et dépôt de bilan de toutes les entreprises de réparation de chaises en paille (la concurrence est trop rude), +210% de création d'entreprises de vente et d'installation de systèmes d'alarmes, -90% sur le prix des appartements en rez-de-chausée, -120% sur les duplex en rez-de-jardin (oui, ça ne veut rien dire), pénurie soudaine de certains produits, +100% sur les sacs à main, +50% sur les sabots en bois à semelle compensée provenance Roumanie avec double renfort en titane, +300% de faux billets dans les caisses de Yollande la boulangère (un 500€ pour une baguette ça sentait l'arnaque...), +225% de chèques sans provision dans les mains de Robert vendeur d'accessoires pour caravanes, Louise et Jeanine, caissières chez Franprix, ont été formées, et pourtant, +40% d'apparition soudaine et inopinée de billets d'une valeur faciale de 1500€ avec Dora l'exploratrice en filigrane (ça aurait dû leur mettre la puce à l'oreille...)
Dur... Dur de s'installer quand les clichés s'accrochent, tels les morpions propriétaires squattant le pantalon bicentenaire de "dédé", employé SDF chez Pizza12...
D'ailleurs, dur, ça l'est d'autant plus lorsque dans leur recherche, la terre promise doit se trouver à proximité à la fois d'un point d'eau (bouche d'incendie, arrosage municipal...) mais aussi du "Point Info" d'un centre commercial, composante indispensable à la prospérité du groupe, et à la survie des estomacs. En effet, tenant souvent lieu d'annexe du camp, l'hypermarché a une importance capitale. Il est le lieu de prédilection, l'endroit où l'on rôde, l'endroit où les sabots s'érodent, l'endroit où les esprits s'évadent... Mais c'est surtout le terrain où la pratique s'applique, et les techniques s'affutent... La caissière est là, la caissière voit tout, souvent la caissière ne dit rien, mais plus tard, au détour d'un blog, la caissière racontera... Mais ce moment n'est pas encore arrivé...
Pour l'instant, parlons un peu de cette ville...

Au détour d'un soir de mars, ce sont une vingtaine de véhicules qui débarquent sur le terrain de rugby du parc nord. 27 000 habitants dans la municipalité, 256 415 Lettres sur le bureau du maire le lendemain de la crémaillère. Les riverains ne sont pas contents. Dans leur veines circule la crainte du cambriolage, la peur de l'étranger, la xénophobie du nomade... "Mais comment font-ils pour s'acheter les derniers BM, et les tous derniers Merco ?", "En tout cas ils ont souvent des liasses de billets...", "Et me dit pas qu'ils arrivent à faire ça en rafistolant des chaises???", "leurs roulottes doivent surement être remplies de matériel Hi-Fi et de Kalachnikov"...

Un village se crée, les transats se déploient, les barbecues s'improvisent, les fils se tendent, le linge s'étend, les manouches se détendent et les riverains se crispent! La cohabitation a lieu pour le meilleur et pour le pire, et le crash économique attendu tarde à se produire...

Deux semaines se sont écoulées, pas de problème notable ou d'incident à déplorer, mais cette présence non autorisée commence à bien suffire, et malgré les avertissements, les gitans sont toujours là. Matraques et calibres à la ceinture, ce sont donc les forces de police qui interviennent. Mais très vite, les fesses font bravo. La motivation avec laquelle ils ont l'habitude de contrôler Mohammed et Rachid semble avoir pris un congé très sympathique lorsqu'il s'est agit de titiller la quiétude du gang des réparateurs de chaises... L'uniforme est apeuré, les policiers tournent les talons. Puis ils reviennent peu de temps après accompagnés de la lance à incendie de leurs collègues sapeurs pompiers. A la manière des détenus du quartier de haute sécurité de la prison d'Alcatraz, 6 bars de pression sont propulsés dans la gueule des squatteurs, les femmes et les enfants d'abord, les hommes et les fusils à pompe par la suite... Tout le monde y passe.
Après avoir allègrement saupoudré d'affection chaque centimètre carré du squatt, le terrain des taquineurs du ballon ovale sur lequel nos amis se sont installés n'est plus qu'un gros tas de boue. Au mieux, il pourra servir de ring pour les prochaines rencontres intercommunales de catch féminin, organisées par l'amicale des ornithologues de la ville en association avec les "ni putes ni soumises".
Tout le monde le sait, chaque manouche, gangster s'il en est, cache un arsenal militaire conséquent dans sa caravane. Mais ce jour là, peu de résistance de leur part. Pas de bain se sang, juste un bain de flotte. Douche gratuite, éléphant bleu gratis, ils ont bu à l'œil... Aucune raison de s'énerver...

Le terrain étant devenu totalement inhabitable, en moins de temps qu'il n'en faut pour déplier une tente Quechua, le camp est levé, le convoi s'envole...
Un rocher sera greffé à l'entrée du parc pour que plus jamais ne se produise l'innommable, l'abominable, le scandaleux... l'incursion en territoire civilisé d'une troupe de guitaristes roulant en grosses cylindrées, heureux propriétaires d'une entreprise de réparation de chaises en paille...


Vous consommez, Nous encaissons.

CliEnt SuIvaNt !

Sourire

Un Lundi, 13h00. Dans le magasin c'est "ground zéro". Les clients ont déserté les rayons. Les estomacs affamés associés à la mort prématurée du pouvoir d'achat n'ont épargné personne. En caisse -10 articles, une caissière se ronge les ongles en attendant un hypothétique client qui, en arrivant à sa caisse, lui soutiendra qu'elle s'ennuyait, ou, au mieux, qu'elle se cachait (hmmm...). Il sera le 14ème en 2 heures (portant le compteur à 462 pour l'année), à balancer à la caissière "La" réplique qui finira de dérouler le rouleau du ras-le-bol. La pauvre femme cherchera alors un objet tranchant à sa portée pour se taillader les veines. En vain. Elle finira par sourire au client tandis qu'elle jettera un coup d'œil furtif sur son panier pour s'assurer qu'il en a moins de 10.

A quelques mètres de là, en caisses "normales", 2 autres caissières se font face. Idem. Pas de clients. L'une est au téléphone avec une des caissières principales à qui elle mendie le ramassage des paniers, cette activité qui consiste à ramener à l'entrée du magasin les paniers déposés en caisse par les clients. C'est fou comme on devient serviable et plein d'initiative quand il s'agit d'esquiver la caisse... Les paniers ont déjà été fait. Sa collègue d'en face, quant à elle, feuillète le télé-magasine de la semaine suivante. Elle y récupère les derniers ragots, se dit que ce soir elle regardera "les experts", puis lit son horoscope, sponsorisé par l'association des maîtres escrologues, qui lui prédit des rencontres à court terme... Elle a vraiment raison d'y croire. Un client arrive...
Il commence à vider son charriot sur le tapis, et, avec la grâce de l'animal apeuré, il glisse à la caissière un "bonjour" qu'elle n'entendra pas.
- "Non non c'est bon laissez-les dans le charriot! pas la peine de les sortir!"
"Vous avez 2 packs d'eau c'est ça?" --> 2, Quantité, 1019, Entrée. "Et 4 baguettes?"--> 4, Quantité, 2304, Entrée. "ça marche...".
L'eau et les baguettes sont comptabilisées, la caissière case ses fesses au fond de sa chaise. Les premiers "bips!" se font entendre.
Sa collègue d'en face, qui n'en a pas fini avec le téléphone, se la coule douce. D'ailleurs elle se la coule tellement douce qu'elle arrive, par un procédé fort habile dont nous ne dévoilerons pas les secrets, à faire croire aux clients qui passeraient par là, désireux de payer, que celle-ci est occupée à des tâches autrement plus importantes. Elle arrive ainsi à esquiver un deuxième charriot qui se positionne donc dans la file d'attente de sa collègue qui travaillait déjà...
L'ambiance est électrique, la tension est palpable. L'une des 2 caissières s'active à scanner de la batavia et du poulet rôti alors que l'autre est en plein kiff, à ne rien faire. Entre les deux caissières un regard est échangé, l'aigreur se pointe en force, celle qui travaille ressent au plus profond d'elle comme un indescriptible sentiment d'injustice. Puis un autre charriot s'ajoute à sa file. C'est la goutte de pipi qui fait déborder le sac à caca, elle en a marre, et glisse gentiment aux clients qui viennent de se placer que s'ils le souhaitent ils ont à leur disposition une caisse libre juste à côté où la caissière se fera un plaisir de lâcher son téléphone pour les accueillir, dans la joie, la bonne humeur...
Les 2 collègues se regardent. L'art du sourire hypocrite s'exécute. Sourire ami, sourire aigri, aussi authentique qu'une mamie danse la tecktonik, le sourire est tout de même bien là.

Des gamineries ? Ouais peut-être...

Vous consommez, Nous encaissons.

CliEnt SuIvaNt !

Mr Cigare et Mme TOC

14h50. Tout au bout de la ligne de caisses (loin.. loin...), à coté de l'endroit où l'on vous vend les bouteilles d'eau par pack de six, Les litres de jus d'orange par briques de deux, là où un dénommé coca-cola règne en maitre, pas loin du trou des fesses de l'hypermarché, endroit décrit par les intimes comme étant "le bout du bout du désespoir des caissières exilées", pas de caissière en vue et pourtant c'est là que dans une indifférence absolue, probablement semblable à celle dont souffrent actuellement les populations abandonnées des quatre coins du globe, le tapis de la caisse n°1, dans un ronronnement qui lui est propre(caractéristique du tapis sale), entame doucement sa deuxième heure de rotation non-stop. Tel un taxi qui tournerait toute la journée sans prendre un seul client, depuis de longues minutes, celui-ci s'active tant bien que mal à faire avancer du vent. Mistral, Tramontane, même combat... On a manifestement oublié de l'éteindre...
Deux heures et demi plus tôt, bouclant la journée de dur labeur d'une caissière au bord du gouffre, la dernière cliente à avoir posé sa marchandise sur la bande de caoutchouc rotative de cette caisse en orbite, n'avait pas eu la présence d'esprit de vérifier l'intégrité de chacun des œufs du paquet qu'elle avait choisi. Le tapis a morflé sévère. La cliente, quant à elle, s'en rendra compte en rentrant chez elle (l'œuf cassé terminera à la poubelle. ça aurait pourtant fait une belle omelette...).
2h30 se sont écoulées depuis l'incident. Anodin pour le commun des mortels, il fût dramatique pour notre très indispensable tapis de caisse qui continue à tourner dans le vide. Le blanc d'œuf a séché. Une tache, grosse comme l'état du texas, rappelle toutes les 30 secondes à la terre entière(1 minute pour que le tapis fasse un tour complet), que malgré la note hebdomadaire déposée en caisse centrale à la portée des yeux fatigués du personnel, la caissière est partie sans nettoyer son poste de travail. La looze.
La plupart des caissières préfèrent nettoyer leur caisse à leur arrivée afin de perdre un maximum de temps et ainsi retarder l'échéance du début de l'engrenage infernal des rafales de SBAM (Sourire, Bonjour, Au revoir, Merci). CQFD.

A 80 mètres de là, à une autre caisse, sous le regard attentionné d'un mari tenant au bout des lèvres un demi cigare éteint, dont on devine qu'il tient en place par un savant mélange de bave séchée et de poudre de racines de manioc, Madame TOC sort la marchandise du charriot, et organise ses articles sur le tapis avec la minutie d'un horloger suisse, la précision d'un chirurgien du cerveau, et la psychose schizophrènique d'un Hannibal Lecter à qui on viendrait d'arracher un à un tous les poils du nez pendant qu'il était forcé d'écouter l'album de Vita... Flippant!
L'heure est grave, le geste est précis. Si Madame TOC était dans le Hip-Hop elle serait certainement en train de bouger sur un son de DJ Abdel, la tête en bas, effectuant une coupole à 1080° en traçant un cercle parfait à l'aide de l'index de sa main droite. La classe !! Mais Madame TOC ne sait pas danser. Au lieu de ça, sur le tapis de caisse, ses 2 rouleaux de pâte feuilletée sont parfaitement parallèles et redoutablement perpendiculaires au paquet de céréales collé juste derrière, lui-même en phase avec le riz et les pâtes, qui forment un triangle isocèle avec le ketchup et la mayonnaise. Bizarre ???
Sous le regard impassible d'un Monsieur Cigare au summum de l'inexpressivité, Madame TOC est en train de sombrer.
Madame TOC déteste le désordre incontrôlable qui règne dans un filet de babybel, ça lui donne l'impression de perdre le contrôle. Elle n'en achète pas. En revanche, elle sait que la largeur du tapis de caisse permet de faire tenir côte-à-côte 4 camemberts Président, laissant de part et d'autre 2 cm de tapis, intervalles dans lesquels elle peut placer 2 paquets de bicarbonate de soude de marque "premier prix", pour finalement ne laisser qu'un demi-millimètre d'espace inoccupé. Pas mieux. Pour l'instant.
Le délire ne prend fin que lorsque Madame TOC peut constater, prorata temporis, que les produits disposés sur le tapis forment une figure géométrique parfaitement symétrique, en accord avec l'alignement des satellites de vénus et de jupiter, et en harmonie avec le nombre de lettres formant la déclaration du protocole de Kyoto sur les gaz à effet de serre.

Madame TOC et Monsieur Cigare viennent faire leur courses tous les samedis, et chaque samedi, sans que personne ne s'en apercoive, dans l'intimité de ce couple de quinquagénaire et sous la fascination d'une hôtesse de caisse médusée au delà du réel, la magie opère... Et David Copperfield est un sacré charlatan...


Bref, les années passent, les regrets restent, les gens du voyage voyagent, Monsieur Cigare est toujours fidèle à son cigare, et Madame TOC à son magasin... Car les tapis de caisse n'ont pas toujours la même taille.

Vous consommez, Nous encaissons.

CLiEnt SUivAnT !

Carambar de rire (ouh, facile...)

Ahhh les Carambars !!! à l'ancienne !!!

Un bon délire pour les dentistes (jackpot mon pote!), mais la méga loose pour tous les autres!!! Mais ouais vous savez, quand on déballait le machin et que pendant qu'on mâchouillait une espèce de caramel dont on gardait toujours la moitié sur les dents 1 heure après l'avoir terminé, on kiffait la blague carambar(l'humour avec un grand H) mais 1 fois sur 2 on avait les nerfs un truc de fou quand on se rendait compte que sur le papier au lieu d'avoir 2 blagues complètes, on avait 1 demi blague (seulement la chute), puis 1 blague entière (bizarrement écrite par un gamin de 4 ans!?!?) et, pour finir, 1 blague sans la chute... Le drame!
Toujours signées par des enfants avec des prénoms au summum de la banalité (Jean, Pierre, Jean-Pierre) et des âges plus qu'improbables (1 an, 2 ans, 6 mois), on finissait, après un long et douloureux processus d'abnégation de sa propre personne, par essayer de deviner le début de la blague du haut et la chute de celle du bas... super relou...


Vendredi, 21h03. Plus qu'une heure de caisse.
1 quart de tour à gauche, 1 quart de tour à droite. Pas grand chose à faire, à part me dorloter sur ma chaise et apprécier la musique de la galerie, où tourne en boucle une espèce de compil Dance que tout le monde sur la ligne de caisse connait par cœur, à force de l'entendre. Ça fait bien 6 mois qu'ils ont pas changé ce putain de CD(désolé!). En temps normal, pendant les rushs, la délicieuse mélodie, sous-titrée "suicide collectif", est complètement couverte par la superposition des "bip!", les roues qui grincent, les enfants qui pleurent, les animateurs qui se la jouent Philippe Risoli, les gens qui ralent, ceux qui savent pas siffler mais qui sifflent quand même, et ceux qui disent qu'on paye trop d'impôts... Mais passé 19h, l'air devient respirable, la nature reprend ses droits, la caissière glande enfin (donnant ainsi raison à au moins 2 ou 3 légendes urbaines), et c'est parti pour la séance de karaoké en semi-playback, façon oreilles qui saignent, et shakespear qui se retourne...

J'étais tranquille, à attendre le client, en sifflotant un "freed from desire" dans un anglais qui déchire, les autres caissières se tournaient tellement les pouces qu'elles généraient un vaste courant d'air dans la galerie du magasin, et là, sans prévenir, mon job me rattrape. Deux jeunes clientes viennent de faire le bon choix.
Pour accompagner leur sachet de carambars, une boite de préservatifs!(ou l'inverse).
Miss1 et Miss2 avaient surement la quinzaine, mais, grâce à la puissance d'un style vestimentaire à la Lorie associé à la magie d'un maquillage à 5 euros, elles en paraissaient bien 16!!! En fait c'était le genre de fille qui pense avoir la classe même quand elle pête!!! Le genre de fille qui ignorait que 2 ans plus tard elle bougerait sur du Mondotek!!! Le genre de fille qui kiffe les mecs avec des gros pecs!!!
Ce jour là, en passant à ma caisse, elles ont justement trouvé ce qu'il leur fallait... Une boîte de 12!!!
Pourtant, c'était pas la première fois qu'un client venait acheter des préservatifs, mais faut croire que là, le coup du je prend un truc à coté histoire de dire que je n'achète pas "que" ça, c'était la fois de trop. Et malgré un effort surhumain pour garder mes lèvres en position normale, vla que le coin droit de ma bouche se la joue solo, à la M. Pokora, et trahit un sourire vicieux...
Aussi surement que quand on se couche avec les fesses qui grattent, on se réveille avec les doigts qui puent, ces deux filles là avaient une incroyable répartie... bien kiffante. Du coup, après avoir réfléchit pendant 3 bonnes secondes, elles m'ont lâché un truc du genre: "C'est pas pour nous".
Et moi, en gros looser de la vie, "Has been" en devenir, je me suis souvenu de cette réplique des bronzés font du ski: "y'a pas d'mal...".
Extraordinaire, n'est ce pas ?

Bref, elles ont kiffé la vibe,
et oublié leur monnaie...


Comme d'hab, mais cette fois-ci en maîtrisant l'art du camouflage,
Vous consommez, Nous encaissons.

CLiEnt SUivAnT !

PS: Quant à la légende qui consiste à dire qu'il existe des boîtes de préservatifs qui ne passent pas en caisse, c'est faux, faux, archi-faux. Les chefs de rayons réservent 2 heures tous les matins pour scanner une à une toutes les boîtes et s'assurer que ça roule!!!(ils le font, n'est-ce pas?) Comme ça on évite les scènes psychodramatiques et autres humiliations, ces situations où la gêne est tellement puissante qu'on préfèrerait s'être fait pipi dessus... Pourquoi traumatiser les clients et ainsi risquer d'en faire des pervers sexuels ou des tueurs en série, alors que dans ce domaine Harry Potter s'en sort très bien???